C'était il y a une semaine déjà, et pourtant cette journée restera gravée dans ma mémoire.
C'était le vendredi 13 Juin, et ce jour revêtait une signification particulière. Dans la galaxie des dictons, des sagesses et des superstitions populaires, le vendredi 13 est le jour où tout peut arriver le malheur comme le bonheur, à croire que les 364 autres journées que constituent une année ne sont synonymes que d'un morne et profond ennui.
Pour chercher à comprendre pourquoi cette date possède un caractère symbolique, il faut ouvrir une bonne Bible, le livre saint des chréti(e)ns. Vendredi, c'est le jour saint par exellence, où pour plaire à Dieu et au Capitaine Igloo, on doit manger du poisson, et 13 c'est le nombre de convives au dernier repas de Jésus Christ, avant qu'il ne fut balancé par Judas, et qu'il exécuta par la suite son célèbre numéro de transformiste sur le mont Golgotha.
Les superstitions sont le lot d'un bon peuple, qui même s'il est instruit, et armé contre les divers obscurantismes, se plait à trembler malgré tout certains jours de l'année, comme pour combler sa morne lassitude d'éternel cocu servile.
Pour compenser l'ennui du peuple, et pour qu'il évite de trop réfléchir à sa condition, nos sociétés occidentales, qui sont à en croire nos braves philosophes républicains, à la pointe de la civilisation et du progrès, on a inventé la politique, le sport, la mode, les magazine people, le tiercé, la télévision, le Ricard, la drogue, la guerre, le racisme, la religion, le travail, le fitness, Internet, le cinéma, et bien d'autres moyens de transformer une vie courte et éphèmère en spectacle permanent d'une quelconque utilité . Je ne cherche pas à cracher dans la soupe, je vais régulièrement au cinéma, il m'arrive de boire un bon pastis devant la télévision, et le nombre d'heures que je passe sur Internet en une semaine équivaut à celui que passe un enfant indonésien en moins de temps pour fabriquer vos baskets.
Cependant, parmi tous les moyens que j'ai énoncés auparavant et qui font oublier au bon peuple sa misère, il y en a un qui s'avère redoutable et en particulier la journée du Vendredi 13 : Le Loto [/g](Lobotomie Orchestrée par des Technocrates Organisés).
Dans un bar tabac quelconque, je fais la queue dans l'espoir de m'acheter un paquet de cigarettes. Manque de pot, nous sommes le Vendredi 13 Juillet, et la Française des Jeux, experte en racket de populos, a mis aujourd'hui en jeu une importante somme qui se compte en dizaine de millions d' euros. Le bon peuple fait la queue pour aller valider sa grille aurpès d'une femme exténuée derrière sa caisse. Chose exceptionnelle, la chaleur et le soleil qui avaient tendance à déserter ce pays, sont de retour en ce jour béni des Dieux, et l'on commence à étouffer copieusement dans cet échope. Mourrir d'asphyxie dans l'espoir de récolter quelques euros, que l'on ne m'en veuille pas de pas partager les intérêts de la majorité de mes concitoyens. Je me moque bien de tous les sobriquets peu glorieux qu'ont pu m'attribuer mes proches après que je leur ai exposé selon mes termes cette aventure. "Prétencieux", "élitiste", "arrogant", si vous le voulez, mais s'il y a bien un jeu auquel je n'ai jamais participé c'est bien celui de la carotte et du bâton.
Le fric, on sait où il est, on sait où il dort, on sait qui le possède, alors s'il faut attendre le vendredi 13, pour que par le plus grand des hasards on récolte une belle somme de flouze, excusez-moi de ne pas participer à ce jeu, et de manifester un certain mépris teinté d'orgueil, envers les cocus qui en redemandent encore.
C'est déjà suffisament nul, croyez-moi braves gens, d'être addicte à la cigarette, et à Internet, pour se faire racketter une nouvelle fois de plus, tout en se faisant prendre pour le roi des Cons.
El Rizado, en mode désobéissance civile et mesquinerie facile teintée de francophobie primaire.